Aller au contenu
Mémoires de plongéeFormation, sécurité et pratique
Guide

Désaturation : comment le corps évacue l'azote

La désaturation est le processus par lequel le corps du plongeur élimine l'azote accumulé sous pression, pendant la remontée puis en surface, avant qu'il ne forme des bulles dangereuses. Elle se gère par la vitesse de remontée, les paliers et des délais de repos. Ce guide en donne les repères prudents ; il ne remplace ni votre formation ni l'avis d'un médecin.

Mis à jour le 22 octobre 2026 · par Hervé Castagné

Désaturation en plongée
En bref
  • La désaturation dépend de la profondeur, de la durée et du nombre de plongées : plus on a absorbé d'azote, plus l'élimination est longue.
  • La vitesse de remontée recommandée se situe de l'ordre de 10 à 15 m par minute selon la table ou l'ordinateur : suivez la consigne de votre appareil et de votre encadrant.
  • Un palier de sécurité de 3 à 5 minutes vers 3 à 5 m est pratiqué même quand rien ne l'impose.
  • Avant un vol, les recommandations courantes vont de 12 à 24 heures selon les plongées effectuées : en cas de doute, attendre.

La désaturation, ce que le terme désigne en plongée

En plongée, la désaturation désigne l'élimination de l'azote dissous dans les tissus. Elle commence pendant la remontée et se poursuit plusieurs heures après la sortie de l'eau. C'est elle qui explique les paliers, les délais entre deux plongées et l'attente avant de prendre l'avion.

Ne pas confondre avec la désaturation en oxygène

En médecine, on parle aussi de désaturation pour la chute du taux d'oxygène dans le sang, mesurée par un oxymètre. C'est un sujet différent. Cette page traite de la désaturation de l'azote chez le plongeur, après une immersion sous pression.

Saturation et désaturation : deux phases

  • À la descente et pendant le séjour au fond, l'azote se dissout dans les tissus : c'est la saturation.
  • À la remontée et en surface, il revient vers le sang puis vers les poumons : c'est la désaturation.
  • Les tissus ne se vident pas au même rythme : le sang et les organes riches en eau vont vite, les graisses et les articulations lentement.

La loi de Henry et la pression partielle d'azote

La loi de Henry dit que la quantité de gaz dissous dans un liquide augmente avec la pression de ce gaz. L'air contient environ 79 % d'azote : en descendant, la pression partielle de l'azote augmente en proportion, et le corps en absorbe davantage.

Pression partielle d'azote en respirant de l'air (valeurs arrondies)
ProfondeurPression absoluePression partielle d'azote
Surface1 barenviron 0,8 bar
10 m2 barsenviron 1,6 bar
20 m3 barsenviron 2,4 bars
30 m4 barsenviron 3,2 bars
40 m5 barsenviron 4 bars

Pourquoi une remontée trop rapide pose problème

Quand la pression baisse trop vite, l'azote dissous n'a pas le temps de repasser tranquillement vers les poumons et peut former des bulles dans les tissus ou dans le sang. Ces bulles sont à l'origine des accidents de décompression, détaillés dans le guide sur les accidents de plongée.

La vitesse de remontée, premier levier de la désaturation

La remontée est le moment où la désaturation se joue. Une vitesse lente laisse l'azote s'évacuer progressivement ; une vitesse excessive favorise les bulles. Les valeurs varient selon les modèles de décompression.

  • Les consignes courantes vont de 10 à 15 m par minute selon la table ou l'ordinateur utilisé.
  • Un ordinateur de plongée alerte quand la vitesse dépasse sa limite : cette alarme se respecte.
  • Une remontée en pleine eau demande un repère visuel : ligne, fond, guide de palanquée.
  • Ralentir les derniers mètres est une habitude de prudence qui profite à la désaturation.

Le palier de sécurité

Même quand aucun palier de décompression n'est imposé, la pratique courante consiste à marquer une pause de 3 à 5 minutes vers 3 à 5 m. Elle laisse une marge pour la désaturation et ajoute du temps pour contrôler la remontée finale.

Tables et ordinateurs : deux façons de suivre la désaturation

Pour estimer l'azote restant dans le corps, on utilise soit des tables imprimées, soit un ordinateur qui calcule en continu. Les deux reposent sur des modèles mathématiques : aucun ne mesure vraiment ce qui se passe dans votre organisme.

Tables et ordinateurs, points de comparaison
CritèreTables (MN90 par exemple)Ordinateur de plongée
PrincipeValeurs pré-calculées pour des profils typesCalcul en continu sur le profil réel
Précision sur un profil complexePrudente, par paliers de profondeur et de duréePlus fine, avec la profondeur de chaque instant
Risque principalErreur de lecture ou de calculPanne de pile, mauvais réglage
Usage en formationApprentissage obligatoire des principesOutil courant à mesure que l'autonomie grandit

Un ordinateur de plongée simplifie le suivi, mais il ne dispense pas de comprendre la désaturation. Un mémoire d'instructeur de 2016, dont ce site garde la trace, passait en revue les modes de calcul de la désaturation, l'historique des outils et leurs usages.

Plongées successives et azote résiduel

Après une plongée, l'azote n'est pas totalement évacué. On parle d'azote résiduel : il s'ajoute à celui de la plongée suivante. Les tables classent les enchaînements selon le temps passé en surface entre deux immersions.

Types de plongées selon l'intervalle en surface (tables MN90)
TypeIntervalle en surfaceConséquence
Plongée simplePlus de 12 heuresOn repart sans azote résiduel
Plongée successiveDe 15 minutes à 12 heuresOn tient compte de l'azote résiduel (majoration)
Plongée consécutiveMoins de 15 minutesOn additionne les temps et on prend la profondeur la plus grande

Le profil en dents de scie

Remonter et redescendre plusieurs fois pendant une même plongée perturbe la désaturation et expose davantage aux bulles. Les encadrants demandent de rester à une profondeur décroissante, en commençant par la partie la plus profonde.

Après la plongée : ce qui aide, ce qui gêne, et l'avion

La désaturation se poursuit une fois sorti de l'eau. Plusieurs facteurs sont couramment cités comme défavorables : l'effort intense, le froid, la fatigue, la déshydratation. Le médecin du sport ou le médecin fédéral reste l'interlocuteur pour toute question personnelle.

  • Boire de l'eau et se reposer après la sortie de l'eau.
  • Éviter l'effort violent et les apnées profondes dans les heures qui suivent.
  • Se réchauffer sans excès : un séjour très chaud juste après la plongée n'est pas recommandé.
  • Signaler tout symptôme anormal à l'encadrant avant de quitter le site.

Prendre l'avion après une plongée

Les recommandations courantes demandent d'attendre entre 12 et 24 heures avant de prendre l'avion, selon le nombre de plongées, leur profondeur et la présence de paliers. Après des plongées répétées ou profondes, la fourchette haute s'applique. Dans le doute, attendez davantage.

Symptômes à ne pas ignorer

Douleurs articulaires, fourmillements, fatigue intense inhabituelle, vertiges ou troubles visuels après une plongée imposent d'alerter immédiatement un encadrant et les secours (15 ou 112). Ne tentez pas de vous soigner seul en replongeant.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la désaturation en plongée ?

C'est l'élimination progressive de l'azote absorbé sous pression. Elle se produit à la remontée et en surface, et sa bonne gestion évite la formation de bulles dangereuses.

Combien de temps dure la désaturation après une plongée ?

Plusieurs heures, et davantage après une plongée profonde ou des plongées répétées. Les tissus lents peuvent mettre une journée à se vider ; d'où les délais conseillés avant l'avion.

Quelle vitesse de remontée respecter ?

De l'ordre de 10 à 15 m par minute selon la table ou l'ordinateur. Respectez la consigne de votre appareil et celle de votre encadrant, qui fait foi.

Peut-on prendre l'avion après une plongée ?

Les recommandations courantes vont de 12 à 24 heures selon les plongées effectuées. Dans le doute, attendez plus longtemps et demandez conseil à votre médecin ou à un encadrant.

Que faire pour faciliter la désaturation ?

Remonter lentement, faire le palier de sécurité, boire de l'eau, se reposer et éviter l'effort intense après la sortie. Ces conseils généraux ne remplacent pas un avis médical.

La désaturation en plongée est-elle la même qu'en médecine ?

Non. En médecine, la désaturation désigne une baisse du taux d'oxygène sanguin. En plongée, il s'agit de l'azote dissous. Les deux phénomènes n'ont pas les mêmes causes.

Un ordinateur suffit-il à gérer la désaturation ?

Il aide beaucoup, mais il applique un modèle. Il faut comprendre ses alarmes, garder des marges et ne jamais forcer ses limites parce que l'écran l'autorise.

À explorer ensuite : Palier de décompressionAccidents de plongéeOrdinateur de plongée